L’accessoire qui décide de l’issue d’un tir n’est ni la lunette ni le repose-arme : c’est la pointe. Une arbalète de 200 livres équipée d’une pointe inadaptée pénètre moins bien qu’une 175 correctement montée. C’est la pièce la moins chère de l’équipement et la seule qui touche l’animal.
Pointes de chasse : lames fixes ou mécaniques
C’est le premier arbitrage, et il ne se tranche pas au goût mais à l’énergie disponible.
| Lames fixes | Lames mécaniques | |
|---|---|---|
| Vol | Sensible au moindre défaut de réglage | Identique à une pointe d’entraînement |
| Pénétration | Supérieure, aucune énergie perdue | Réduite : l’ouverture consomme de l’énergie |
| Diamètre de coupe | 25 à 32 mm | 40 à 55 mm |
| Robustesse sur l’os | Élevée | Variable, lames pliables |
| Terrain de prédilection | Gros gibier, énergie limitée | Gibier léger, énergie abondante |
La règle pratique : en dessous de 90 joules, on prend des lames fixes. Une mécanique consomme une partie de l’énergie pour déployer ses lames, et ce qu’elle prélève manque ensuite à la pénétration. Sur un sanglier, dont le bouclier d’épaule atteint trois centimètres de tissu fibreux, cette perte fait la différence entre une traversée et un projectile arrêté.
Si tu montes malgré tout des mécaniques, vérifie qu’elles sont homologuées arbalète : les vitesses supérieures à 400 fps détruisent les modèles conçus pour l’arc à poulies.
Le poids en grains, et pourquoi il compte double
Les pointes de chasse se déclinent en trois poids courants : 100, 125 et 150 grains. Le choix ne se résume pas à alourdir le projectile.
Une pointe lourde déplace le centre de gravité vers l’avant du trait — ce que les archers appellent le FOC, front of center. Un FOC élevé stabilise le projectile en vol et améliore la pénétration, parce que la masse concentrée à l’avant continue de pousser la lame quand elle rencontre une résistance. C’est pourquoi le passage de 100 à 125 grains apporte plus que les 25 grains ne le laisseraient croire.
Une conséquence à ne pas manquer : tes pointes d’entraînement doivent peser exactement le même poids que tes pointes de chasse. Régler sa lunette avec des pointes de 100 grains puis chasser avec des 125 déplace le point d’impact de plusieurs centimètres à 30 mètres. Tout le travail de réglage est perdu.
Nombre de lames et diamètre de coupe
Deux, trois ou quatre lames. Chaque lame supplémentaire élargit la plaie mais ajoute une surface de friction, donc freine le projectile. L’arbitrage se fait encore une fois sur l’énergie :
- Deux lames, profil cut-on-contact — la lame tranche dès le contact au lieu de percer. Pénétration maximale. Le choix du gros gibier et des énergies modestes.
- Trois lames — le compromis courant, plaie large et pénétration correcte au-delà de 90 joules.
- Quatre lames — plaie très large, mais une pénétration qui exige de la marge d’énergie. Adaptées au petit gibier à distance courte.
Les traits : la pièce où l’on se trompe le plus
Un trait d’arbalète se caractérise par sa longueur — 16 ou 20 pouces selon le modèle d’arme — son matériau et, surtout, son encoche.
C’est le point le plus négligé, et le plus dangereux. Une encoche demi-lune doit être orientée perpendiculairement à la corde ; une encoche plate se monte dans n’importe quel sens. Monter une demi-lune à l’envers, ou employer une encoche que l’arme n’accepte pas, provoque un déraillement de la corde — au mieux le trait part de travers, au pire l’arc se détruit et l’arme devient dangereuse. Vérifie ce que ton constructeur préconise avant d’acheter des traits.
Le carbone est plus résistant et plus régulier que l’aluminium, qui se voile au premier impact osseux. Pour la chasse, où le projectile doit peser au moins 400 grains pointe comprise, le carbone est le seul choix raisonnable.
La lunette et son réglage
Les lunettes d’arbalète emploient des réticules multi-distances : plusieurs traits horizontaux étagés, chacun correspondant à une distance. Leur espacement dépend de la vitesse de l’arme, ce qui impose un réglage propre à chaque arbalète et à chaque poids de trait — un réticule réglé pour 300 fps est inutilisable sur une arme à 245 fps.
La cible : une question de capacité d’arrêt
Une cible d’arc ne convient pas à une arbalète. À énergie deux à trois fois supérieure, un trait traverse une mousse conçue pour l’arc, ou s’y enfonce si profondément qu’on le casse en l’extrayant. Il faut une cible annoncée pour la vitesse de ton arme, et une pointe d’entraînement de profil arrondi si tu tires des traits courts — une pointe trop pénétrante rend chaque extraction pénible.
Où s’équiper
Les pointes de chasse se déclinent en lames fixes et mécaniques, dans les trois grainages courants.
Pour savoir de quelle énergie tu disposes réellement, et donc quel type de lame ton arme peut se permettre, voir quelle puissance d’arbalète pour quel gibier.
