Deux arbalètes affichant 175 livres l’une comme l’autre. La première délivre 72 joules, la seconde 156. Plus du double, à chiffre identique sur l’étiquette. Tout le débat entre recurve et poulies tient dans cet écart — et dans ce qu’il coûte par ailleurs.
D’où vient l’écart
La force de bandage mesure un effort, pas une énergie. L’énergie stockée est le produit de cette force par la distance sur laquelle elle s’applique — la course de la corde, ou power stroke. Un arc qui tire sur 20 cm à 175 livres stocke bien moins qu’un arc qui tire sur 35 cm à la même force.
Les deux architectures se séparent là. Une recurve a des branches courtes et un fût compact : sa course est limitée, et sa courbe de force monte linéairement jusqu’au verrouillage. Une arbalète à poulies combine un fût long et des cames excentrées dont le profil maintient la tension sur toute la course, au lieu de ne l’atteindre qu’à la fin.
Résultat sur des modèles réellement commercialisés :
| Architecture | Bandage | Vitesse | Énergie |
|---|---|---|---|
| Recurve | 150 lb | 210 fps | 53 J |
| Recurve | 175 lb | 245 fps | 72 J |
| Poulies | 175 lb | 360 fps | 156 J |
| Poulies | 200 lb | 405 fps | 198 J |
| Poulies | 220 lb | 445 fps | 240 J |
Le seuil du gros gibier étant fixé à 88 joules, la conclusion est mécanique : aucune recurve grand public ne le franchit, toutes les arbalètes à poulies le dépassent largement.
Ce que les poulies coûtent en retour
Si l’avantage énergétique était sans contrepartie, la recurve aurait disparu. Elle ne l’a pas fait, pour quatre raisons concrètes.
| Recurve | Poulies | |
|---|---|---|
| Énergie | Limitée | Double à bandage égal |
| Changement de corde | Sur le terrain, avec un bandoir | Presse d’armurier nécessaire |
| Pièces d’usure | Corde | Corde, câbles, cames, roulements |
| Réglage | Aucun | Synchronisation des cames à contrôler |
| Prix | Entrée de gamme accessible | Nettement supérieur |
| Bruit au départ | Sec | Plus sourd, mais vibrations à amortir |
Le point qui surprend le plus les acheteurs est celui de la corde. Sur une recurve, elle se remplace en quelques minutes avec un bandoir, y compris loin de tout. Sur une arbalète à poulies, l’opération exige une presse : une corde qui casse en déplacement immobilise l’arme jusqu’au retour chez un armurier. Sur un voyage de chasse, ça se prévoit.
L’effort d’armement, contre-intuitif
On imagine qu’une arbalète de 200 livres à poulies s’arme plus difficilement qu’une recurve de 175. C’est rarement le cas. Le profil des cames fait passer un pic de résistance en milieu de course, puis relâche l’effort avant le verrouillage — là où une recurve atteint son maximum précisément au moment le plus inconfortable, bras tendus, corde en fin de course.
À quoi s’ajoute que les modèles à poulies sont plus souvent livrés avec un système d’armement assisté, treuil ou levier, qui divise l’effort ressenti par trois ou quatre.
Comment trancher
- Tir sur cible, initiation, budget contraint — recurve. L’énergie excédentaire ne sert à rien sur une mousse, et la simplicité mécanique est un vrai confort.
- Petit gibier — recurve de 120 à 150 livres. Les seuils sont franchis avec de la marge, et la compacité prime.
- Gros gibier — poulies, sans alternative. C’est la seule architecture qui atteint 88 joules.
- Usage nomade, loin d’un atelier — recurve, pour la seule raison de la corde remplaçable sur place.
Les modèles cités ici — XB63 Freak, XB68 Blast — appartiennent au catalogue ManKung. Pour les seuils par gibier, voir quelle puissance d’arbalète pour quel gibier, et pour le matériel qui va au bout, l’arbalète pour le gros gibier.
