« Combien de livres faut-il pour un sanglier ? » est la question la plus posée et la plus mal répondue du sujet. Mal répondue parce que la force de bandage, seule, ne permet pas d’y répondre : deux arbalètes affichant 175 livres peuvent délivrer 72 ou 156 joules selon leur architecture. Du simple au double, à chiffre identique sur l’étiquette.
Cette page pose le calcul complet, du bandage jusqu’à l’énergie réellement disponible à la distance de tir.
Étape 1 — de la force de bandage à la vitesse
La force de bandage mesure l’effort d’armement. L’énergie effectivement stockée dépend en plus de la course de la corde : à bandage égal, une arbalète à longue course stocke bien davantage, parce que la force s’applique sur une plus grande distance.
C’est ce qui explique l’écart entre les architectures. Les modèles à poulies combinent un fût long et un profil de came qui maintient la tension sur toute la course. Les modèles pliables et les pistolets sacrifient cette course à la compacité : leur bandage élevé ne se traduit jamais en vitesse.
Enfin, la vitesse annoncée par un fabricant est toujours mesurée avec le carreau le plus léger accepté. Un carreau de chasse, plus lourd, sortira systématiquement plus lentement — de 15 à 25 fps en général.
Étape 2 — de la vitesse à l’énergie
E (ft-lb) = (masse en grains × vitesse² en fps) ÷ 450 240
E (joules) = E (ft-lb) × 1,356
Exemple pour une 175 livres à poulies tirant un carreau de chasse de 400 grains à 360 fps :
(400 × 360²) ÷ 450 240 = 51 840 000 ÷ 450 240 = 115,1 ft-lb
115,1 × 1,356 = 156 joules
La même opération sur une recurve de 175 livres à 245 fps donne 53,3 ft-lb, soit 72 joules. L’écart de 84 joules entre deux arbalètes de puissance affichée identique ne vient que de la course.
Pour appliquer la formule à ton propre matériel sans repasser par la conversion, un calculateur d’énergie d’arbalète donne directement le résultat en joules à partir du poids de carreau et de la vitesse.
Étape 3 — pourquoi l’énergie ne suffit pas
Deux carreaux peuvent porter la même énergie et pénétrer très différemment. Ce qui gouverne la pénétration dans les tissus denses est la quantité de mouvement — masse multipliée par vitesse, sans mise au carré. À énergie égale, le carreau lourd et lent traverse mieux l’os et le cartilage que le carreau léger et rapide.
| Carreau | Vitesse | Énergie | Quantité de mouvement |
|---|---|---|---|
| 350 grains | 262 fps | 72 J | référence |
| 500 grains | 219 fps | 72 J | +20 % environ |
D’où la recommandation constante en chasse au gros gibier : un projectile total d’au moins 400 grains, pointe comprise, et volontiers 450 à 500 sur le sanglier.
Les seuils par gibier
| Gibier | Énergie minimale | Carreau | Matériel requis |
|---|---|---|---|
| Lapin, corvidés | ~20 J | 300–350 gr | Recurve 80–120 lb |
| Renard, ragondin | ~34 J | 350–400 gr | Recurve 120–150 lb |
| Chevreuil, daim | ~54 J | 400 gr | Recurve 175 lb |
| Cerf | ~75 J | 400–450 gr | Poulies |
| Sanglier | ~88 J | 450–500 gr | Poulies exclusivement |
Le sanglier est le cas le plus exigeant, pour une raison anatomique : le mâle adulte développe sur les épaules un bouclier de tissu conjonctif épaissi, dense et fibreux, qui peut atteindre trois centimètres. Un projectile sous-dimensionné s’y arrête ou dévie. C’est ce bouclier, bien plus que la masse de l’animal, qui impose le seuil de 88 joules — et qui exclut de fait toute arbalète recurve grand public.
Jusqu’où monte le haut de gamme
Les modèles haut de gamme dépassent largement ces seuils. La TenPoint TRX-515 annonce 515 fps : avec un carreau de 400 grains, cela représente environ 320 joules, soit près de quatre fois le seuil du sanglier.
La distance mange l’énergie
Un carreau perd environ 3 à 5 % de sa vitesse tous les 10 mètres. L’énergie variant au carré de la vitesse, la perte est plus rapide encore : une arbalète délivrant 72 J à la bouche n’en conserve qu’une soixantaine à 30 mètres.
À quoi s’ajoute la chute de trajectoire, considérable. À 250 fps, un carreau réglé à 20 mètres tombe d’environ 30 cm à 30 mètres, et de près d’un mètre à 40. Une erreur d’estimation de dix mètres suffit à déplacer l’impact d’une zone vitale vers la panse. C’est pourquoi les distances d’engagement retenues en chasse à l’arbalète restent courtes — 20 à 30 mètres sur les modèles d’entrée et de milieu de gamme — quand les catalogues suggèrent le double.
Ce qu’il faut retenir
- La livre est un indicateur d’armement, pas de performance. Le chiffre utile est le joule à l’impact.
- À bandage égal, une arbalète à poulies délivre plus du double d’une recurve. C’est la course qui décide.
- Sous 88 J, le sanglier n’est pas un gibier raisonnable, quelle que soit l’adresse du tireur.
- Le carreau lourd pénètre mieux que le carreau rapide à énergie égale.
- La distance utile réelle vaut la moitié de la distance annoncée.
Les classes de puissance et leur correspondance en gibier sont résumées sur la page d’accueil. Pour les modèles franchissant le seuil du gros gibier, voir les grosses arbalètes.
